Fêtes des 10 ans

 

Inauguration de la cloche

Discours d'Eliane

Il fut un temps où nos esprits erraient dans un vaste désert….Nous devions quitter nos

anciennes demeures….Pour les uns l'espace se rétrécissait : l'immeuble accueillant, la salle

protectrice avait tendance à fermer ses portes….Quelquefois, signe prémonitoire, une

bergerie à Bouillargues leur faisait pressentir un avenir plus verdoyant…. En même temps

d'autres sentaient que les temps avaient changé, que l'énergie qui les avait animés jusque là

s'épuisait….Ils se sentaient en proie à la désolation des cités ravagées où plus personne de

leurs frères ne voulait diriger ses sandales poussiéreuses. Ils les secouaient ouvertement

leurs sandales, avec dédain, avec crainte surtout….et entre ces deux paroisses, un village

commençait à vieillir….Que faire ?

L’Église de Nîmes, l'Ecclesia, se rassembla donc et après moult tournoiements de cervelles

elle décida….de faire….un enfant ! La belle affaire ! Vous avez bien entendu : un enfant ! A

son âge ! Comme Sara, femme d'Abraham, elle commença par rire ! Mais le désir était le

plus fort, et le vrai père n'était-il pas leur père à tous : Dieu lui-même ? On s'inclina. Les

autres pères , les autres mères se mirent à l’œuvre. Deux pasteurs se donnèrent la main.

Beaucoup s'activèrent et après un travail régulier et tenace l'église de Nîmes, dans l'enthousiasme devenu général, accoucha…. du Mas des Abeilles. L'enfant étant là il fallut lui trouver un nom. Vu le nombre important de pères et de mères.Il y eut de nouveau moult tournoiements de cervelle….des hésitations, des interrogations, des discussions, des controverses….En attendant on le nomma provisoirement du nom du lieu :

« Paroisse du mas des Abeilles », et le provisoire se prolongeant le nom resta. Trois paroisses s'unirent pour habiter ce lieu : Saint-Césaire, qui garde son beau temple enrichi de tentures, Nîmes-Ouest et Nîmes sud. Et maintenant nous n'en formons plus qu'une. Nous rassemblons les troupeaux en bons abheilas c'est-à-dire bergers, ou plus précisément gardiens des troupeaux qui viennent s'abreuver, sans oublier « d 'élargir l'espace de notre tente, d'allonger ses cordages, d'affermir ses piquets », suivant l'exhortation d'Esaïe 54.

Sommes-nous abeilles, bergers, troupeaux en transhumance ? Ou les trois à la fois ?…. On posa la première pierre comme le faisait Abraham qui construisait un autel sur le lieu de l'Alliance. On se souvint d'Exode chapitre 3 verset 7 : »Le Seigneur dit : »j'ai vu l'affliction de mon peuple….Je connais ses douleurs...Je suis descendu pour le faire monter vers un bon et vaste pays (avec parking sécurisé), un pays ruisselant de lait (de brebis) et de miel ( des abeilles), là où habitent les Cananéens, les Hittites, les Amorites, les Périzistes, les Hivites et les Jébusites », et pour nous j'ajouterai les Ville-Activistes, les Carré-Sudistes et les Kinépolistes, et tuttiquantistes, près des jardins verdoyants de la Maison de Santé. On dota le temple d'un beau mur, non pas mur des lamentations, mais mur de prières et de pensées ferventes . On l'éclaira de vitraux qui nous reliaient à la nature et à la création, on l'orna d'un triptyque mystérieux et profond…., d'une croix huguenote pour ne pas oublier nos racines.

Tout cela était « TOV » (comme dirait un pasteur de notre connaissance). Une cloche devait sonner à la volée pour rassembler les plus lointaines brebis, égarées ou pas, et il fallait lui trouver une place entre la mer des joncs….du bassin de rétention, et les lauriers roses…. En attendant un habitacle digne d'elle, la cloche décida de faire un stage chez « le meilleur d'entre nous », notre dévoué et dynamique Alain Thomas et son épouse tout aussi serviable. Pourtant elle s'alourdit encore à son arrivée chez eux et s'endormit dans leur garage comme la belle au bois dormant pour une durée de dix ans (en temps « ressenti » comme dit la météo. Thomas (Alain) qui ne croyait que ce qu'il touchait (comme un disciple connu de tous) lui flattait les flancs de temps en temps mais en vain, pas un son ne sortait de

cette belle endormie….

Nous on en rêvait de cette cloche : on lui trouvait des emplacements éventuels, des

supports élégants et solides, on contactait des pros pour faire des fondations profondes, on

trouvait un financement suisse….Non, elle restait là, immobile…En fait elle attendait son

heure...Progressivement la brume décennale se dissipa. Voici que des forces mystérieuses et

insoupçonnées, celles de l'Esprit probablement, étaient au travail dans le silence pesant de la

terre. Et un jour le grain germa et la cloche s'éveilla.

Alors….voici….qu'église au fond de la vallée

Comme égarée, presque ignorée,

Au Mas des Abeilles bourdonnantes

Une cloche s'est éveillée.

Cette cloche sonne sonne

Sa voix d'écho en écho

Dit au monde qui s'étonne

Venez prier, adorer….

Venez rencontrer des frères

Des âmes qui s'ouvrent au jour

Comme de petites flammes

Encore faibles qui réclament

Protection, tendresse, amour….

Eliane DIENY

 

Message pour le culte de reconnaissance

à l'occasion des 10 ans du Mas des Abeilles samedi 7 octobre 2017

Le « Mas des abeilles » : drôle de nom pour habiter en périphérie urbaine ! A quoi fait-il penser ? A un centre commercial ? une zone agricole ? une ferme ? une marque d'apiculteur ? une boutique de miel ? ou alors une ruche alternative avec des abeilles chantant des cantiques ?

Bref, ce nom suggère beaucoup de choses,sauf une Eglise. Une Eglise ? Parlons-en : imaginons qu'elle soit soumise à un contrôle d'identité :savez vous que nous ne serions pas au bout de vos peines ? Ecoutez donc : sur le portail à l'entrée, on lit, tout en haut : « temple protestant ».

En dessous : Eglise réformée de Nimes, Au dessus : « E.R.N. » . Sur le côté : centre paroissial. Plus loin : « protestante unie de france ».. Et en tout petits caractères : « communion luthéro-réformée ».

Enfin, ici, à l'entrée de la salle de culte, en lettre dorées : Eglise Réformée de France.. Qu'aurait dit notre cher Martin Luther dont nous fêtons le 500 ème anniversaire, s'il revenait aujourd'hui ? Il en perdrait son latin-et son hébreu, et son grec.

Bon, c'est peut-être un peu aussi de sa faute, à l'ami Luther : il a tellement dit que l'Eglise était une réalité humaine qui devait se réformer sans cesse, ne pas craindre la remise en question et ne pas se prendre au trop au sérieux : alors, nous l'avons écouté, et voilà ce que ça donne !

Ce n'est pas fini. Lorsque j'ai rencontré le président du conseil de paroisse du Mas des Abeilles pour la première fois, il y a un an, je lui ai demandé : d'où vient-il, ce nom ? Oh, m'a t-il répondu, « ça n'a rien à voir avec les abeilles, c'est une histoire de moutons ». Ah bon. A Nimes aussi, les voies du Seigneur sont impénétrables,..

Cela dit, ce que les mots ont de magnifique, ce sont les histoires qu'ils contiennent. Avec la lecture de la Bible, on en fait souvent l'expérience et on s'émerveille parce que les images sont à l'intérieur des mots, portées par la poésie de l'hébreu et les nuances du grec. Revenons à nos moutons...

Ceux parmi vous qui ont assisté à l'inauguration de la cloche cet après midi, ont reçu une explication magistrale du Mas des abeilles. Voici : le mot abeille vient de l'occitan «abeilha »- qui renvoie à la notion de troupeau, et plus précisément : au lieu où viennent boire les troupeaux.

On ne pouvait espérer plus belle symbolique pour une Eglise : un point d'eau pour désalterer les brebis assoiffées de Dieu ! Aussi, les protestants de Nimes Sud-ouest ont-ils décidé de garder le nom existant de cette « zone d'activités » au bord de la ville. Quant aux abeilles, au sens français du mot, les parpaillots en ont fait leur miel...

Il suffit de regarder autour de vous : elles sont là, sur les bancs, à côté de vous, lumineuses, les ailes au repos, après nous avoir tous régalé de crêpes au miel sur le parvis du temple.

La communauté de la Ruche a donc choisi de faire siennes les deux symboles. « Ce n'est ni logique ni scientifique -m'a avoué l'une de ses membres- mais spirituellement, ça nous parle ! » Voilà comment les abeilles ont rejoint les moutons , enfin..les brebis. Vous me suivez ? Oui, mais..

Et Dieu dans tout ça ? Ecoutons quelques extraits de l' Evangile de Jean, chapitre 10, pour essayer de retomber sur nos pattes.

1« oui je vous le déclare, c'est la vérité, celui qui n’entre pas par la porte dans l’enclos des brebis mais qui escalade par un autre côté, celui-là est un voleur et un brigand.

2Mais celui qui entre par la porte est le berger des brebis.

3Celui qui garde la porte lui ouvre, et les brebis écoutent sa voix ; les brebis qui lui appartiennent, il les appelle, chacune par son nom, et il les emmène dehors.

4Lorsqu’il les a toutes fait sortir, il marche à leur tête, et elles le suivent parce qu’elles connaissent sa voix.

6Jésus leur dit cette parabole, mais ils ne comprirent pas la portée de ce qu’il disait.

7Jésus reprit : « En vérité, en vérité, je vous le dis, je suis la porte des brebis.

8Tous ceux qui sont venus avant moi sont des voleurs et des brigands, mais les brebis ne les ont pas écoutés.

9Je suis la porte : si quelqu’un entre par moi, il sera sauvé, il ira et viendra et trouvera de quoi se nourrir.

10Le voleur ne se présente que pour voler, pour tuer et pour perdre ; moi, je suis venu pour que les hommes aient la vie et qu’ils l’aient en abondance.

11 Je suis le bon berger, le bon berger se dessaisit de sa vie pour ses brebis.. Nous voici donc dans l'Evangile de Jean, au milieu des brebis. Ce passage, très célèbre, a inspiré toute l'histoire de l'art.

Nos bibles l'ont sagement intitulé « le bon berger » . C’est mignon, n'est ce pas, ces animaux qui gambadent dans la verte prairie en compagnie d'un gentil et bon berger !

Sauf qu'avec la Bible, c'est comme avec nos abeilles : un sens peut en cacher un autre ... voire : plusieurs. Dans ce passage, Jésus s'adresse à des pharisiens, la plupart d'entre eux sont hostiles à son égard.
Oui, ils ont beaucoup de mal avec l'homme de Nazareth qui vient bousculer leurs esprits étroits...
Dans le chapitre qui précède notre passage, ils accusent Jésus d'avoir guéri un homme aveugle ..au lieu de se réjouir de ce qu'il apporte un chemin de vie là où il passe.

La parabole dite « du Bon berger » qui lui fait suite a une dimension polémique : en disant à ses détracteurs "Je suis le bon berger", Jésus s'arroge, à leurs yeux, un titre exclusivement réservé au Dieu d'Israél dont ils espèrent qu'Il leur enverra un chef digne de ce nom pour les délivrer de l'occupation romaine.

Mais un berger ...peut en cacher un autre ! Celui dont parle Jésus ne répond à aucune aspiration politique ou militaire.
Il est tout-puissant non de puissance mais d'Amour, prêt à «donner sa vie ». C'est de Lui que le troupeau du Mas des abeilles se réclame.

Notre histoire n'est pas finie : un berger peut cacher ...une porte ! La porte est le lieu du passage entre ici et là-bas, entre le chez soi et le dehors, entre la protection et la découverte, entre ce qui est connu et ce qui ne l’est pas, entre la tranquillité et l’aventure. La porte permet cette circulation-là. Elle est ce qui empêche de rester « entre soi ».
Cette circulation est nécessaire, vitale. Il faut entrer et sortir, pour vivre.

"Je suis la porte des brebis.." Porte, passage, circulation.. Cette symbolique, vous la retrouvez dans l'architecture du Mas des Abeilles. A l'arrivée, sur votre droite, un mur se détache, qui se fait passage et vous invite au passage...

Fait étonnant : ce 2ème mur n'est pas comme les autres, il ne tient pas l'édifice -vous le regarderez de plus près en repartant- Il ne sert à « rien ».. Vous vous rendez compte ? Ils ont construit un mur « pour rien » !

Un mur pour exprimer la grâce de Dieu et son accueil inconditionnel. Ce mur est lui-même traversé d'une trouée de lumière, à l'image du tombeau vide, comme pour signifier un courant d'air qui laisse passer la vie..

Il rappelle la parole du prophète Esaïe lancé à son peuple 400 ans avant JC : "Elargis l'espace de ta tente". ..Parole qui est devenue la devise du Mas des Abeilles à sa construction.

Ainsi, en passant par la porte qu'est Jésus, nous pourrons, sans crainte, revêtus d'une joyeuse confiance, élargir notre tente aux autres, à ceux qui ne croient pas comme nous, à ceux qui chantent et prient autrement , à ceux qui réfléchissent différemment. Faire place à l'autre...

L'image de la tente et de la porte se rejoignent dans leurs missions respectives : la tente, d'inspiration nomade, empruntée à la culture orientale , nous invite à ne pas nous croire arrivés, à ne pas nous installer définitivement dans nos lieux et dans nos idées. La porte, notion plus sédentaire, invite à la libre circulation des êtres.

Cette dynamique rejoint d'ailleurs l'étymologie trop souvent oubliée du mot grec « paroisse ». Contrairement aux apparences, ce mot ne désigne pas un bâtiment religieux, mais littéralement : « un séjour temporaire », ou encore : le fait de se trouver provisoirement à l'étranger.. ».

Au fond, la paroisse devrait ressembler à une tente. Vous me suivez ? Cela signifie qu'il nous faut rester prêts à bouger , dans nos têtes, dans nos habitudes, dans nos idées.

Ce qui compte, disait mon précédesseur Jean-François Breyne, c'est de se réajuster à la réalité des gens , de rester un lieu provisoire » .

Jésus terminera ainsi : « Moi qui suis la porte, je suis venu pour que les gens aient la vie, et pour que cette vie soit abondante. » Voilà la promesse qui nous est faite en passant par Jésus-Christ : non pas exister mais vivre. La vie pleine, la vie qui vaut la peine d’être vécue.

Amen

Titia Es-Sbanti

 

Diaporama

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