Culpabilité : comment s’en sortir ?

Il vous est certainement déjà arrivé de rencontrer des gens qui rejettent toute religion, tout simplement, parce qu’ils considèrent que les gens qui se réclament d’une religion n’en sont pas de ‘bons ambassadeurs’ .
«La religion ? disent-ils. Y’a qu’à voir ceux qui vont à la messe (ou au culte d’ailleurs) et qui sont pires que les autres dans la vie ».

Ce que ces personnes reprochent aux « fidèles », c’est un manque de cohérence entre la foi et les actes. L’auteur de la 1ère épître de Jean va dans le même sens, le souci de cohérence parcourt toute sa lettre : « Mes enfants, n’aimons pas avec des paroles et des beaux discours, mais en actions et en vérité ». Et juste avant, il donne l’exemple de quelqu’un de riche, qui voyant son frère dans le besoin, ‘ferme son cœur’… peut-on dire, qu’il aime Dieu ?

L’auteur de l’épître développe donc dans sa lettre, que la foi déconnectée d’une pratique de vie est vaine et vide. Il rappelle que le monde est un ‘champ de travail’ pour toute personne qui prétend aimer Dieu. Jusque là, rien de nouveau. Je pense que nous sommes tous d’accord d’exiger comme l’auteur de cette lettre la cohérence entre la foi et la vie.

Dans la méditation de ce texte, un verset m’a particulièrement interpellé : ‘Si notre cœur nous accuse/ condamne, Dieu est plus grand que notre cœur, car il connaît tout. Si notre cœur ne nous condamne pas, nous avons de l’assurance devant Dieu’

Ce verset parle donc de deux juges, bien différent l’un de l’autre :
Premièrement : Notre cœur – c’est-à-dire la conscience – sachant que le cœur est dans la pensée biblique ce qu’on appelle aujourd’hui la conscience.
Deuxièmement : Dieu et son Esprit.

Si notre cœur nous accuse, Dieu est plus grand que notre cœur, car il connaît tout’.
Qui ne connaît pas le ‘cœur qui accuse’ et qui nous fait éprouver la culpabilité ? C’est une expérience complexe. Ce sentiment surgit quand on ressent un décalage entre les exigences d’un côté et le comportement réel de l’autre, donc d’un manque de cohérence.
C’est quelque part une culpabilité qu’on peut qualifier comme ‘saine’ : elle est l’expérience que je fais quand j’agis contre mes valeurs. Elle suppose que j’avais le choix de le faire ou non. Elle peut nous amener au regret, ou dans le langage religieux à la repentance. Il m’appartient alors d’assumer la responsabilité de mes actes et de réparer, si possible, le mal que j’ai fait.
Mais souvent la culpabilité relève de sentiments plus diffus et irrationnel : là, elle ne se réfère pas à un acte concret, elle est plutôt de l’ordre d’un malaise général : elle peut surgir p.ex. suite au décès d’un proche : j’aurais dû lui dire…, j’aurais dû faire ceci ou cela, être plus attentif etc.
Ou bien on connaît aussi la culpabilité si on est atteint d’une maladie, où l’on cherche le coupable.
Ou pire encore : un enfant ou un adulte qui est victime d’un abus sexuel va s’en sentir coupable, alors qu’il n’y est pour rien.
Dans ces cas, il peut se développer un malaise plus général, qui affecte l’estime de soi. On se sent minable, fautif, sans vraiment savoir dire pourquoi.

En résumé : La culpabilité vient d’un jugement qu’on fait sur soi, à raison, si elle est saine, ou bien à tort, si elle est induite par des choses dont je ne suis pas responsable. La psychanalyse dit, que le juge est le ‘sur-moi’. Le texte biblique dit : c’est notre cœur / notre conscience qui nous accuse. La conscience qui peut juger, mais aussi la conscience comme l’endroit où on peut écouter Dieu.  Les conséquences de ce jugement sur soi peuvent nous rendre responsables (culpabilité saine), ou aussi nous emprisonner et paralyser, si c’est une culpabilité diffuse.

Revenons à la religion : souvent les religions contribuent créent effectivement un sentiment de culpabilité : sans doute, parce que l’humain ne vit pas en cohérence avec la volonté de Dieu. L’humain est faillible, il est ‘pécheur’ dans le langage religieux. Donc, là, où l’on réduit la religion à une morale, on doit forcément se sentir désespérément coupable. C’était par exemple le cas de Martin Luther, avant sa conversion de vie, à cette époque où il cherchait à mériter l’amour de Dieu par un comportement impeccable. Le texte nous décrit une démarche tout autre. Il dit : ‘Si notre cœur nous accuse, Dieu est plus grand que notre cœur, car il connaît tout’. Face aux accusation de notre cœur, l’auteur nous renvoie à Dieu, qui est « plus grand ». Qui connaît tout. Les fautes réellement commises ou imaginaires, notre sentiment d’échec et le malaise qui va avec, notre jugement sur nous, qui est souvent loin d’être clément et tendre.

Face à tout cela, ‘Dieu est plus grand’ : quelle liberté, quelle libération respire de cette petite phrase ! Face à notre auto-accusation, Dieu ouvre grand les bras, et nous redit son amour, donc, son estime de nous, même si notre estime de nous est esquinté. Il nous accepte ‘pécheurs’ . Ce qui est décrit là, est loin d’une démarche culpabilisante, au contraire elle est rassurante et libératrice. Le jugement de Dieu libère : il libère du poids qui pèse sur nous, lorsque notre cœur nous accuse. Foi en Dieu libère qui libère, fait que même ‘coupable’, même défaillant, on peut venir vers lui avec ‘assurance’ : ce mot peut être traduit aussi avec ‘sincérité, franchise, sans peur ou retenue’.

Lorsqu’on croule sous la culpabilité, il nous appelle à se confier à lui, à son jugement qui libère. Il ne nous écrase pas, mais nous redresse.
Ce qui est décrit dans le texte c’est une conviction fondamentale des protestants: l’Evangile passe avant la loi. C’est à dire : Dieu nous dit d’abord : viens, tel que tu es, viens, l’enfant que j’aime. C’est seulement dans un deuxième pas, qu’il nous envoie à mettre cet amour reçu en pratique dans la vie. C’était ça la découverte de Luther : nous ne sommes pas aimés pour ce que nous faisons, mais pour ce que nous sommes, sans condition aucune.

Pour Luther, cette découverte l’a libéré de sa culpabilité et l’a motivé à déployer toute son énergie de vie pour annoncer l’Evangile.
Sa découverte est toujours d’actualité aujourd’hui où certaines manières de vivre et d’enseigner la religion sont encore culpabilisantes ; quel poids cela peut créer, quelle souffrance aussi ! quel gâchis de l’évangile qui nous annonce pourtant l’amour inconditionnel, pour demeurer en Dieu et Dieu en nous.
Ce n’est pas la pression, l’exigence et la revendication qui porte du fruit : au contraire ils mènent forcément à la culpabilité. Ce qui fait agir et garder les commandements, ce sont l’assurance devant Dieu, dit le texte, l’assurance d’être accepté inconditionnellement.

Vrai pour Dieu, mais aussi pour relations humaines et pour tout engagement : on peut toujours culpabiliser de ne pas être là comme on le voudrait, pas assez disponible, pas assez ceci ou cela. Crée pression. Risque de se retirer. Si par contre on peut s’engager librement, on sachant que l’autre m’accepte avec ce que je peux donner, tel que je suis, un élan bienfaisant va se libérer.

Dans nos relations humaines tout comme dans notre relation à Dieu, la culpabilité risque finalement de rompre la relation, de se détourner de la religion, ou d’un engagement, alors que la conscience d’être accepté et aimé nous renforce dans nos liens et mène à l’amour pratiqué dans la vie. Ce n’est pas facile de vivre ainsi, libre, libéré, et désireux de donner au final. Nous avons besoin d’innombrables fois dans la vie de nous en rappeler et que les autres nous le rappellent.
Ainsi, terminer par une prière, qui loue l’Esprit de Dieu. Celui qui est selon notre texte la force divine qui nous le rappelle. Elle sera notre confession de foi :

Esprit de Dieu, tu es comme l’eau vive qui irrigue et imbibe secrètement chaque vie.
Esprit de Dieu, tu es comme le vent qui court sans qu’on sache ni d’où il vient, ni où il va,
faisant bouger feuilles et branches, pénétrant la demeure de la chaleur du sud ou des fraîcheurs du nord.

Esprit de Dieu, tu imbibes notre coeur pour le rendre libre,
tu le réchauffes pour lui permettre d’aimer,
tu ouvres notre intelligence pour qu’elle devienne accueillante,
et tu dilates notre être de la profonde joie d’exister !

Esprit de Dieu, tu nous fais naître, respirer, prier, aimer, comprendre, espérer,
et, sans la moindre violence, tu mets en nous un esprit nouveau.
Se recevoir d’un autre qui nous aime,
quel cadeau merveilleux dont nous te rendons grâce !

Amen

 

Pasteure Iris REUTER, prédication donnée sur Radio Alliance le 9 mai 2021

Texte  biblique : 1 Jean 3, 18-24

18. Mes enfants, n’aimons pas seulement en paroles, avec de beaux discours ; faisons preuve d’un véritable amour qui se manifeste par des actes !
Nous avons de l’assurance devant Dieu. 19.Voilà comment nous saurons que nous appartenons à la vérité. Voilà comment notre cœur pourra se sentir rassuré devant Dieu. 20. En effet, même si notre cœur nous accuse, nous savons que Dieu est plus grand que notre cœur et qu’il connaît tout. 21. Et si, très chers amis, notre cœur ne nous accuse pas, nous avons de l’assurance devant Dieu ! 22. Ce que nous lui demandons, nous le recevons de lui, parce que nous obéissons à ses commandements et que nous faisons ce qui lui plaît.  23. Voici ce qu’il nous commande : c’est que nous croyions au nom de son Fils Jésus Christ et que nous nous aimions les uns les autres, comme le Christ nous l’a ordonné. 24. Celui qui obéit aux commandements de Dieu demeure en Dieu et Dieu demeure en lui. Voici comment nous savons que Dieu demeure en nous : c’est grâce à son Esprit qu’il nous a donné.