La foi de l’amandier

21 mars : aujourd’hui, c’est le jour du printemps. Quelle ironie d’accueillir la saison qui célèbre l’explosion de la vie face à l’explosion d’une pandémie ! D’un côté un festival de bourgeons, de feuilles et de fleurs, de l’autre une cascade d’infections.
Pour la Nature c’est la sortie de la tanière, du sous-sol, et pour les humains, c’est l’entrée en confinement… Serions-nous retournés en hiver ? Comme tout cela est étrange et troublant …

Face au temple du Mas des abeilles, à l’entrée de la Maison de santé, les fleurs de moutarde semé par les enfants en novembre ont poussé et nous offrent un jaune lumineux pour contrer le gris de nos esprits.

Marguerite, 83 ans, garde le moral et traverse les Jardins, appuyée sur son bâton de ski. Elle continue de sonner la cloche, c’est un appel. Nous nous asseyons -à distance l’une de l’autre -sur le banc du parvis, et nous échangeons des nouvelles pour quelques instants d’éternité volées à la fatalité. Le fond de l’air est bon, le soleil nous réchauffe le dos. Elle m’annonce que deux tulipes sont sorties du pot apporté par les enfants cet automne. Monique, 94 ans, en est la gardienne et veille sur elles comme la prunelle de ses yeux, même si sa vue a beaucoup baissé.

Marguerite a un nom prédestiné. Elle suit de près tout ce qui pousse et n’a pas hésité, pour se faire une opinion, à croquer quelques fleurs de moutarde : «et bèn je vous le dis, elles ont du goût, c’est de l’extra-forte ! »

A l’entrée de ce printemps pas comme les autres se tient un arbre qui nous a d’ailleurs largement devancés et dont je voudrais vous parler : l’amandier.
L’amandier a cette étonnante particularité de fleurir bien avant l’apparition de ses feuilles. Il est le premier à annoncer le printemps alors que les autres arbres sont encore engourdis dans la torpeur de l’hiver. Il apparait dans la Bible comme le symbole de la vigilance de Dieu à l’égard de son

peuple : que celui-ci en vienne à l’oublier, Lui reste attentionné ; qu’il traverse une période critique, Lui assure son devenir. Il le fait avec une fermeté bienveillante.

Au fait, en hébreu, l’amandier se dit shéqed , et ce mot désigne aussi celui qui veille.

L’amandier apparaît au tout début du livre du prophète Jérémie que Dieu envoie en mission.  Ce qu’il lui offre avant de prendre la route (qui sera longue), c’est une vision  :

« Alors, je reçus cette parole  du Seigneur :
Que vois-tu  Jérémie ?
– Je vois une branche d’amandier, l’arbre qui veille
Bien vu, car je veille sur ma Parole pour l’accomplir.

Cette vision annonce une période de quarante ans, comme en un long Carême, où Jérémie se dédiera -malgré lui- à cette Parole qu’il a reçue avec pour mission de prêcher. Quarante ans d’exhortations apparemment peu écoutées, au nom du Seigneur, pour asseoir l’autorité de Sa Parole face à l’obstination d’un peuple n’en faisant qu’à sa tête. 

L’amande est amère mais elle devient douce au fur et à mesure qu’elle se développe. Comment allons nous transformer cette amertume en douceur, ces jours et mois d’inquiétude en jours d’espérance ?

Face à un hiver sanitaire qui nous tombe dessus,  il nous faut affirmer le printemps  de la foi. Le Seigneur se tient comme l’amandier-veilleur, un arbre qui ne fait pas comme les autres, qui décide de faire sortir ses fleurs avant que les feuilles ne se déploient. Et si c’était ça, espérer à contre courant ?

Que Dieu  bénisse  chacun-e de vous et vous garde au sein de ses branches.

 

Titia Es-Sbanti,   le  21 mars 2020