Passe-moi le sel !

Vous êtes le sel de la terre… Ces mots que Jésus adresse à ses disciples sont aussi pour nous aujourd’hui. A noter que ce n’est pas conjugué à l’impératif : Soyez le sel.. » ni au futur-comme une promesse  : « vous serez un jour  sel de la terre » mais  c’est au présent de l’indicatif : ‘vous êtes le sel de la terre. » C’est un constat, c’est une qualité reconnue.
Cette image est un peu étonnante. Jésus aurait pu faire une comparaison  spectaculaire, par exemple : vous êtes le soleil, vous êtes une montagne,…mais non, il choisit le sel.
Pour comprendre ce que Jésus a voulu dire nous avons exploré avec les enfants à quoi servait le sel. Constat général : le sel est partout présent et ce, dans bien des domaines, sans qu’on n’y prête forcément attention.. D’abord, en cuisine, c’est un exhausteur de goût. Sans sel (ceux qui sont au régime le savent) la nourriture n’a plus la même saveur, elle nous parait terne et fade. Pendant l’Antiquité et jusqu’à la révolution,le sel a servi de monnaie d’échange. Les gens du désert continuent encore cette pratique. C’est du mot « sel » que provient le mot « salaire » qui représentait la quantité de sel pour payer les soldats. Depuis des siècles le sel est aussi un excellent conservateur d’aliments leur évitant de pourrir. Dans la culture biblique, le sel désignait l’indissolubilité d’un pacte d’amitié. On disait alors : «manger du sel » ou  « faire un pacte de sel» avec quelqu’un. Le sel a bien d’autres qualités. Ce qui le caractérise c’est qu’il est précieux. Pourtant, quand on dit « passe-moi le sel » on n’a pas le sentiment de demander un lingot d’or. Par contre, quand on vous donne des frites sans sel vous faites la moue, et c’est là que vous voyez la différence. De toutes les fonctions du sel je retiendrai celle qui consiste à donner du goût, à intensifier la saveur des plats.

Pourtant, le sel, c’est presque rien, une petite pincée dans un plat, mais elle peut faire toute la différence. Les enfants en ont fait l’expérience cet après-midi : ils ont goûté du pain avec et sans sel. C’est le même aliment, le même plat, les mêmes ingrédients…et pourtantça n’a plus tout à fait le même goût.

 

Tu es, nous sommes, je suis, vous êtes …le sel de la terre..
Le message de Jésus pourrait être celui-ci : pour changer la vie de quelqu’un, il n’est pas toujours nécessaire de faire des choses extraordinaires. Il suffit d’une parole qui encourage. D’un sourire à quelqu’un que tout le monde ignore. De quelques minutes données à celui qui a besoin de parler. D’un message envoyé à quelqu’un qui ne va pas très bien. D’une place faite à celui qui reste à l’écart.
De dire à quelqu’un :  »tu comptes pour moi. ». Cela paraît peu de chose. Juste une pincée de sel. Et pourtant, cela peut changer le goût d’une journée, parfois même le goût d’une vie.
Être chrétien, ce n’est donc pas forcément faire davantage de bruit que les autres. C’est peut-être simplement essayer de mettre, là où nous sommes,un peu plus de joie, un peu plus d’amitié, un peu plus de justice, un peu plus d’espérance.

Mais attention : personne ne mange une cuillère entière de sel ! Le sel n’est bon que lorsqu’il se mélange aux autres aliments. Il disparaît alors dans le plat. Oui, le sel a cette drôle de qualité : quand il fait bien son travail,on ne le voit plus, il se mélange. Il ne dit pas :« Hé ! Regardez-moi,c’est moi le sel ! » Non, il est là, discrètement, et il change quelque chose. Peut-être que Jésus nous demande simplement cela. Pas de devenir des super-héros de la foi. Pas de sauver le monde avant samedi prochain. Mais de nous demander : « Là où je suis, qu’est-ce que je peux changer ?Alors cette semaine, faites le test : soyez la petite pincée qui fait la différence. Et si quelqu’un, grâce à vous, retrouve un sourire, un peu de confiance, un peu d’espérance ou simplement le goût de la vie…alors ne cherchez pas plus loin : vous aurez été sel de la terre.

Titia Es-Sbanti

Extrait de la prédication du 12/09/26
culte inter-génération ,
paroisse du Mas des abeilles