MEDITATION de la pasteure Sophie Fantoni à l’occasion de l’ouverture de l’Assemblée générale de l’EPUdN :
Il y a un an j’assistais pour la première fois à cette assemblée générale, en observatrice. J’essayais de mémoriser les secteurs et leurs activités, le fonctionnement des conseils, j’essayais de m’y retrouver pour savoir qui peut décider quoi et comment articuler les différents structures, activités, comprendre le rôle de la maison du protestantisme et son lien avec l’Eglise, les divers engagements des pasteurs, les conseils d’animations, les commissions… Pas évident de s’y retrouver je vous assure.
Et puis il y a ce projet du Carré Protestant qui se construit pas à pas, je ne vous dis pas le nombre de commissions, d’équipes, de comités…
L’Eglise de Nîmes est bien vivante, elle est plurielle, elle porte plusieurs visages, plusieurs histoires, plusieurs projets.
L’Eglise de Nîmes c’est plusieurs lieux de vie qui s’organisent.
Je me suis demandée dans la bible où on trouvait un passage qui parle de lieu de culte, d’Eglise. Et je me suis souvenue de ce passage au sujet du temple de Jérusalem : 1L’homme qui me conduit me fait revenir à l’entrée du temple. Je regarde : de l’eau sort du sol, sous l’entrée, vers l’est. En effet, le devant du temple est à l’est. L’eau coule du côté sud du temple et passe au sud de l’autel. 2L’homme me fait sortir par la porte du nord. Puis il me fait faire le tour par l’extérieur, jusqu’à la porte de l’est. Là, l’eau coule encore au sud de la porte. 3L’homme s’éloigne vers l’est. Il tient une corde à la main avec laquelle il compte 1 000 mesures. Il me fait traverser l’eau. J’en ai jusqu’aux chevilles. 4Il compte encore 1 000 mesures et il me fait traverser l’eau. J’en ai jusqu’aux genoux. Il compte encore 1 000 mesures et il me fait traverser. J’en ai jusqu’aux reins. 5Il compte encore 1 000 mesures : l’eau a monté. Elle forme maintenant un torrent, je ne peux pas passer. Il faudrait nager pour pouvoir le traverser. 6Alors il me dit : « Toi, l’homme, est-ce que tu as vu ? » Il m’emmène un peu plus loin, puis il me ramène près du torrent. 7Alors je vois beaucoup d’arbres sur chaque bord. 8L’homme me dit : « Ce torrent coule vers l’est du pays, il descend dans la vallée du Jourdain et il se jette dans la mer Morte. Quand il arrive à la mer, il transforme son eau, qui devient bonne. 9Partout où l’eau du torrent arrivera, tous les êtres vivants pourront vivre et se reproduire. Il y aura beaucoup de poissons. En effet, cette eau transforme l’eau de la mer, et la vie apparaît partout où le torrent arrive. 10À partir de maintenant, depuis En-Guédi jusqu’à En-Églaïm, il y aura des pêcheurs. Ils mettront leurs filets à sécher au bord de la mer. Là, on trouvera autant d’espèces de poissons que dans la mer Méditerranée. 11Mais les autres étendues d’eau qui sont près de la mer resteront salées. Elles serviront de réserves de sel. 12Sur chaque bord du torrent, toutes sortes d’arbres fruitiers pousseront. Leurs feuilles ne sècheront pas, et ces arbres donneront toujours des fruits. Chaque mois, ils produiront une nouvelle récolte, car l’eau qui les arrose vient du lieu saint. On mangera leurs fruits et on utilisera leurs feuilles comme médicaments. »
La Bible nous parle de la reconstruction du temple de Jérusalem dans une vision du prophète Ezéchiel. C’est assez rigolo. Là, c’est pour les architectes de l’assemblée, à partir du chapitre 40 du livre d’Ezéchiel. Si vous êtes passionnés de plan d’architecture, ces chapitres sont pour vous, ils décrivent avec précision les longueurs, les largeurs, les profondeurs de chaque murs, de chaque salle, de chaque cour du temple.
On voit l’importance donnée au bâtiment, solide, bien construit, avec beaucoup de salles et de cours « carrées »… Et puis, Dieu dit : ce lieu est saint, ce lieu est sacré. Ce qui est posé en premier, avant toute chose, c’est le coté « à part » de ce lieu, mais je préfère dire « spécial, particulier » car je ne pense pas qu’une Eglise soit à vivre séparée de la société mais au contraire avec celle-ci, en lien.
Je voudrais m’arrêter quelques instants sur ce côté particulier, unique, différent des autres.
–L’Eglise, un lieu spécial
Notre Eglise qui annonce la parole d’amour de Dieu, qui proclame l’évangile est avant tout un lieu de ressourcement et de quête de soi et de Dieu. Un lieu de rencontre avec soi-même et avec les autres. Un lieu qui nous reconnecte à une quete de sens. Un lieu qui nous apprend la possibilité d’etre aimé et accepté quelle que soit notre histoire. Un lieu qui nous remet en debout, qui nous apaise, qui nous redonne confiance et espérance. Ceci est l’ADN d’une Eglise. Un lieu bien particulier en effet -Un lieu carré.
Comme je vous le disais tout à l’heure, la Bible décrit ce lieu avec la forme d’un carré. Le carré ça nous parle, à cause du Carré protestant. Mais cela parle de tous nos lieux d’Eglise en réalité. Le carré ça évoque quoi pour vous ?
Ce qui est intéressant c’est que lorsque l’ancien testament évoque le temple de Jérusalem, il raconte aussi toutes les réglementations qui vont avec son fonctionnement : réglementation pour les lévites, pour les prêtres, pour les étrangers, règles pour la cuisine des offrandes.
Je crois que nous n’en sommes pas si éloignés en réalité. Ce qu’on peut faire, ce qu’on ne peut pas faire, avec qui, comment, pourquoi etc. Notre vie d’Eglise est rythmée par des encadrements, des possibles, des limites, des agencements, des repères. Par beaucoup d’organisationnel, sans quoi rien ne se fait. Le carré est symbole de cette organisation qui rassure, de la structure qui délimite.
Il est aussi la marque de la maison, du lieu où nous sommes chez nous, du dedans, face au dehors.
– La vie comme don de Dieu dépasse le carré.
L’histoire nous raconte que de cette structure, s’échappe un mince filet d’eau qui sort des limites et rejoint l’extérieur. C’est une source qui part du carré mais qui n’y reste pas, qui se dépêche de sortir, de partir loin et d’aller donner la vie à tous les alentours.
Pour la première fois, « la vie apparait partout où le torrent arrive ». Arbres fruitiers, pêches abondantes, plantes qui soignent. Que représente donc cette eau ? Une eau qui donne la vie, un don de Dieu. C’est la vie en Dieu, la vie en Christ, qui jaillit et qui déborde, qui sort du cadre et qui porte du fruit à l’extérieur. Ce qui me parle tout d’abord, c’est qu’au cœur de nos organisations, de nos projets, de nos réunions, au milieu de nos limites aussi et de nos enfermements parfois, la vie circule, la vie irrigue, la vie est là. Nos lieux d’Eglises sont traversés par cette eau vive. Au milieu de nos rencontres, il y a un cœur qui bat, qui palpite, il y a la vie prête à jaillir, il y a des envies, du désir, de l’élan, il y a cette présence qui nous porte et qui nous entraine.
Et puis, cette eau vive, elle a le désir de nous emmener ailleurs, au dehors de nos structures prévues et habituelles. C’est d’ailleurs notre paradoxe, le paradoxe de l’Eglise. D’un coté, on travaille, on prépare, on élabore, on organise afin que la rencontre soit possible et d’un autre coté, on a envie que cela nous emmène ailleurs, que la rencontre nous étonne, nous bouleverse et nous ouvre à de nouveaux horizons, que la vie jaillisse. Au-delà des cadres et des structures nécessaires, notre foi nous appelle toujours ailleurs, dans ce qui sort du prévisible, dans ce qui nous appelle toujours plus loin, à la rencontre de l’inconnu, à sortir des sentiers battus.
Cette ambivalence est parfois fatigante, nous ressentons une tension intérieure entre d’un coté, l’énergie déployée pour organiser telle ou telle rencontre et de l’autre, le besoin que notre vie spirituelle nous emmène ailleurs, nous surprenne, nous déplace. A biens des moments, notre énergie devrait être mis à profit pour laisser passer le cours d’eau, pour laisser passer la vie. Laisser se déployer ce qui est bon, ce qui fait du bien, ce qui redonne espoir, ce qui suscite la confiance. Ouvrir les portes de la rencontre et laisser circuler tout ce qui redonne de l’envie et de la joie.
Il nous faudrait trouver le bon équilibre entre structure, habitudes, organisation et toute la souplesse nécessaire pour laisser la vie venir jusqu’à nous et accepter qu’elle vienne bousculer nos projets pour nous emmener, porter du fruit ailleurs que là nous nous l’imaginions.
Amen
Sophie FANTONI
18/04/2026