En quête de bonheur

En quête de bonheur

« Heureux les pauvres en esprit, car le royaume des cieux est à eux !
Heureux ceux qui pleurent, car ils seront consolés !
Heureux les doux, car ils hériteront la terre !
Heureux ceux qui ont faim et soif de justice, car ils seront rassasiés !
Heureux les miséricordieux, il leur sera fait miséricorde !
Heureux les cœurs pur, car ils verront Dieu !
Heureux les artisans de paix, car ils seront appelés enfants de Dieu !

Ce sont les premiers mots que Jésus a prononcé en public, selon l’évangile de Matthieu (Matthieu 5, 3-9). Heureux…. La quête du bonheur est aussi vieille que l’humanité. En général, jadis comme aujourd’hui, le bonheur est procuré par la santé, l’amour, l’argent, la sagesse, la beauté, la réussite. Et c’est vrai, tout cela contribue à une vie heureuse sur terre. Mais Jésus s’adresse là à des gens, qui éprouvent la dureté de la vie, qui pleurent, qui ont faim et soif de justice, qui sont un peu les oubliés du bonheur selon notre conception habituelle. Des gens en ‘crise’ dirait-on. Actuellement, nous vivons un temps de crise, cela semble faire l’unanimité. On peut parler d’une crise de l’individu dans sa manière de vivre et de se positionner envers les autres d’une part, et d’une crise de la société et du système démocratique dans son ensemble, d’autre part.

Ce texte résonne en moi par rapport à la crise que nous vivons. En grec classique le mot «crisis» désigne l’action ou la faculté de distinguer, séparer et décider. Quelle que soit la crise, elle impose un choix nécessaire sur le sens à emprunter pour trouver une voie de sortie. Car tout temps de crise appelle une issue. Il nous est humainement impossible de rester en état de crise. Etre en crise c’est désespérer de trouver un sens. Un sens à la vie, à l’action, à la relation aux autres. La sortie de crise est renaissance, résurrection.

En quoi ce discours de Jésus sur la montagne résonne dans ce temps de crise, où le lien à l’autre et à l’ensemble est mis à mal ? Jésus n’établit certainement pas un programme à suivre qui serait tout simplement à transposer dans notre société actuelle. Mais il dessine un chemin spirituel à emprunter qui ouvre, avec les mots du théologien Elian Cuvillier ‘une autre dimension qui institue une nouvelle manière d’être homme’. Malgré les différences de contexte je trouve que cette nouvelle manière d’être humain reste d’actualité et résonne aujourd’hui. Jésus s’adresse aux personnes ‘en crise’ pour les redresser, qu’ils ne se résignent pas à la fatalité des choses, mais qu’ils restent en marche. D’ailleurs, ce mot « heureux » qui ouvre chaque béatitude peut être diversement traduit. André Chouraqui, penseur juif qui se base sur la racine araméenne du mot, le traduit par ‘en marche’, l’humain est ‘heureux’ quand il est ‘en marche’. Tandis que la traduction d’Elian Cuvillier retient le mot ‘vivant’, un humain qui est ‘vivant’: vivant dans le sens de la vie psychique ou spirituelle, celle qui vient du souffle vivant que Dieu insuffle en chaque humain. Les « Vivants » désignent ceux qui sont non pas plein d’eux-mêmes, de leurs richesses matérielles ou intellectuelles, mais qui laissent en eux un espace pour qu’advienne autre chose que ce qui existe déjà et qu’ils maîtrisent. « Vivant » signifie ouvert, au sens de disponible à la vie du désir en soi.

Ainsi sont vivants et en marche, ceux et celles qui se reconnaissent pauvres de cœurs, qui reconnaissent leur besoin de l’autre pour exister. Ceux et celles qui sont doux, non-violents et qui croient à la force de l’humilité dans le bon sens (pas l’humiliation ou l’auto-humiliation), ceux et celles, qui croient à une résilience possible dans le deuil, car ils sont consolés. Ceux et celles qui s’engagent pour la justice car leur faim porte la promesse d’être rassasié. Ceux et celles qui sont miséricordieux, qui se laissent toucher par l’autre, qui sont empathiques et solidaires.

C’est effectivement là le bonheur des vivants et des gens ‘en marche’ vers le Royaume de Dieu. Ce Royaume qui est au milieu de nous, en nous (Lc 17,20-21). Mais, nous le savons, tant que nous vivons dans notre condition humaine marquée par la finitude et les aléas de l’existence, ici, dans ce monde soumis aux contraintes du temps et de l’espace, ce Royaume ne peut se déployer entièrement. Il reste à accomplir lorsque le monde sera transformé entièrement par Dieu. Lors du dernier repas avec ses disciples Jésus dit : « Je vous dis que désormais je ne boirais plus du fruit de la vigne, jusqu’au jour où je le boirai nouveau avec vous, dans le Royaume de mon père » (Matthieu 26,29). C’est vers ce Royaume que nous sommes en marche, là où l’humanité sera un jour rassemblée, libérée de la mort et ses facettes à l’œuvre dans le monde. C’est cette foi, qui nous met en marche, qui nous rend vivants, qui nous rend heureux.

Joyeuses fêtes de Pâques !

Iris REUTER

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