Occupez-vous de vos oignons

Voilà une curieuse façon d’accueillir la rentrée de cet automne -me direz vous ! Pourtant, l’oignon est plein de vertus pour la santé. Cela dit, il faut le reconnaitre, dans la langue française, les légumes ont souvent mauvaise réputation. Jugez par vous -mêmes : un film médiocre sera traité de navet. On poireaute pour dire qu’on perd son temps. Le chou est forcément bête (comme…). Etre une bonne poire, c’est se faire avoir. Raconter des salades, c’est dire n’importe quoi. Pédaler dans la choucroute, c’est se perdre dans des efforts inutiles. Les épinards font grimacer les enfants à la seule prononciation de leur nom. Quant aux oignons… ils font pleurer quand on les épluche.

Occupez- vous de vos oignons.. .
A l’origine
, cette expression est née d’un besoin de marquer les limites entre le privé et le public dans une société où les commérages étaient monnaie courante. Ainsi, dans certaines régions de France (bien avant le droit de vote) les femmes avaient, je cite : « le droit de cultiver un petit bout de jardin personnel ; elles y faisaient pousser des oignons pour les revendre au marché et gagner un peu d’argent de poche ». Les hommes de ce temps-là disaient alors aux gens qui venaient se mêler de leurs affaires : « occupe-toi de tes oignons », autrement dit de ton propre lopin de terre.
Depuis, la formule a trouvé sa place dans le langage courant, jusque dans la cour de l’école. Avec l’ère numérique, elle a pris une nouvelle dimension dans les discussions en ligne, dénonçant -non sans raisons – les abus de l’intrusion virtuelle dans la vie des individus. Ainsi dira t-on par exemple :  »occupe-toi de tes oignons digitaux ». Mais l’expression illustre aussi une mentalité générale de plus en plus égo-centrée.

Face à un monde toujours plus individualiste, marqué par la violence, le pouvoir de l’argent et la déshumanisation, notre conscience et notre foi sont appelées à résister à la tentation croissante du chacun-pour-soi.   Anecdote : un jour de cet été, je roulais dans une avenue de Nimes, et je vis derrière moi un chauffeur nerveux me faisant des appels de phare insistants. Au feu rouge, il me rattrapa et baissa sa fenêtre. Faisant de même, je lui dis poliment : «la vitesse est limitée à 50 ». Ulcéré, il me répondit  : « et alors, si j’ai envie d’aller plus vite, c’est mon problème, pas le vôtre ! ». Il ne manquait plus que les oignons pour compléter sa réplique…

Oui, osons nous mêler de ce qui nous regarde chaque fois que l’expression occupe -toi de tes oignons signifie   »je fais ce que je veux  ». Ne détournons pas le regard sous prétexte qu’il y a trop d’oignons qui pleurent et qui appellent de par le monde. Car dans ce qui nous regarde , il y a ceux qui nous regardent et nous prient de ne pas les oublier.

Au fait, le fil conducteur des « samedis caté » de cette année sera culinaire et les oignons y trouveront leur place. Espérons qu’une fois encore, les enfants nous feront le cadeau d’avoir la frite à leur arrivée au temple ! Enfin, dès le 12 septembre, jour du culte de rentrée, vous pourrez, comme la tradition l’exige, commander vos oignons cévenols préférés, à prendre soin et à partager sans modération.

Titia Es-Sbanti

septembre 2026

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(1) L’oignon protège le cœur, aide la digestion et lutte contre les infections. Il est riche en antioxydants, en vitamines et en fibres.