Fraternité radicale et espérance

Prédication de Pâques :

Nous l’avons bien entendu : Ce qui est la base de notre relation à Dieu n’est pas la loi mais la foi. Ce qui caractérise notre relation c’est la confiance en ce Dieu qui se révèle en Jésus comme un Dieu d’amour.

Cela change beaucoup, voire tout. Toute ta vie, tout ce que tu fais, est foncièrement transformé par le fait que tu es inconditionnellement reconnu et aimé. Ton avenir t’appartient. L’Espoir est possible. Rien n’est figé. C’est la victoire de la vie sur la mort de Pâques.

C’est le message de la vie et des paroles de Jésus. Sa résurrection l’a confirmé. En relevant Jésus d’entre les morts, Dieu confirme ce que Jésus a vécu, fait et dit : « Oui, c’est vrai, je suis un Dieu d’amour. »

Une relation nouvelle et différente de chacun et chacune avec Dieu – voilà le cadeau que Jésus nous a fait. Une relation qui permet de respirer sereinement. De même :  des relations nouvelles et différentes avec les autres humains sont possibles.

C’est de cette relation différente avec les autres que Paul parle dans la lettre aux fidèles de Galates. Ce que je trouve remarquable, ce qui est le plus frappant et surprenant, c’est que la conséquence de la foi basée sur la résurrection est une fraternité très particulière, elle est sans limite aucune. Une fraternité radicale.

Je cite Paul : « Oui, en croyant au Christ Jésus, vous êtes tous fils (et filles) de Dieu. Tous, vous avez été baptisés dans le Christ et vous êtes devenus semblables à lui. »
Vous voyez jusqu’ici , ça va encore, jusqu’ici il est juste dit que nous sommes tous fils et filles, donc à la même distance avec Dieu. Ou disons plutôt : à une même proximité à Dieu.

Par contre, ce qui est vraiment radical pour le vivre ensemble, c’est ce qui suit maintenant. Paul dit : « Il n’y a donc plus de différence entre les Juifs et les non-Juifs, entre les esclaves et les personnes libres, entre les hommes et les femmes. En effet, vous êtes tous un dans le Christ Jésus. »

C’est là où le message de Pâques percute notre monde. Plus aucune distinction entre hommes – femmes, juifs – non-juifs, esclaves – hommes libres. Cette fraternité est basée sur l’idée d’un Dieu d’amour qui aime tous les humains et invite les humains à imiter cet amour.

Dans le contexte de l’époque de Jésus, dans le judaïsme du 1er siècle, dans les sociétés romaine et grecque, cette fraternité totale est « une bombe », une révolution, quelque chose de complètement incongrue. La résurrection et la foi ouvrent l’accès à un espace complètement différent de ce que l’on pouvait vivre à l’époque : l’Eglise !

Une fraternité radicale qui nous rend égaux. Égalité entre hommes et femmes. Il n’y a guère eu d’autres sociétés aussi misogynes que la société grecque de l’époque. Même avant Simone Veil, la France était un pays bien plus sympathique pour les femmes que la société grecque ou romaine à l’époque.

Pour Paul, hommes et femmes sont égaux dans l’Église, Juifs et non-juifs devraient êtres réunis dans une même Église. Esclaves et hommes libres – mangent à la même table.

Et, il est important de le dire : ceci est un fait tout à fait historique. Au premier siècle, des femmes ont dirigé des églises locales, des esclaves y ont mangé à la même table que leurs maîtres, des juifs et des non-juifs ont prié ensemble. L’amour de Dieu ouvre un espace qui gomme la différence et la discrimination sexuelle, religieuse et sociétale.

Je suis heureux de vivre ma foi dans cette Eglise dans laquelle tous, pasteurs et autres responsables inclus, sont à la même distance de Dieu. Je suis heureux que hommes et femmes peuvent être pasteurs et reçoivent le même salaire quel que soit leur mission. Je suis heureux que cette Eglise ne connait pas de distinction raciale. Je sais que la première Église n’a pas pu vivre cette égalité très longtemps. La pression extérieure et les réflexes intérieurs étaient trop grands. L’idéal paulinien a été abandonné assez rapidement. Et pourtant, et c’est vrai pour toujours : L’amour de Dieu nous rend égaux, quoique fasse la société et même l’Église.

L’amour de Dieu exige que nous cherchons toujours Égalité et Fraternité entre nous. Tout simplement parce que Dieu est amour, parce que Dieu aime ton prochain qui devient alors ton frère. Cette exigence persiste, le cadeau de l’amour et l’espérance d’une vie autre restent vrais. Il y a là un élément « utopiste » et « subversif » / un élément « contestataire » de la foi chrétienne, quelque chose qui dérange et qui dérangera toujours.

Quelque chose que personne d’entre nous ne réalisera jamais mais qui doit rester l’horizon de notre action, la vision de nos rêves, la motivation ultime de nos actions. Comment cet élément « contestataire » s’exprime aujourd’hui en particulier et au-delà de cette fraternité jamais acquise totalement ? Qu’est-ce que la foi qui naît de l’amour de Dieu aurait à dire au monde d’aujourd’hui ?

La société d’aujourd’hui, et ce point de vue n’engage bien entendu que moi, la société d’aujourd’hui est marquée par le clivage, les oppositions, la méfiance, et un pessimisme grandissant. Comme si nous étions sur une pente sur laquelle nous étions obligés de glisser vers quelque chose de pire.

Or, le cœur de la foi est porté par l’Espoir, l’optimisme, l’amour et la fraternité. Nous sommes alors à l’opposé du courant majoritaire. Et personnellement, je trouve que c’est un contre-courant magnifique ! La foi nous rend optimiste, la foi nous libère à la rencontre ! Car rien n’est impossible à ce Dieu d’amour qui a vaincu la mort.

Que notre vie de fils et de fille de Dieu soit une protestation vivante contre le pessimisme, une résistance lumineuse contre le désespoir, une marche joyeuse pour la fraternité et l’égalité car Dieu nous libère.

Le Seigneur est ressuscité, il est vraiment ressuscité. Alléluia !

Frank MASSLER; prédication de Päques 2026

Lecture biblique : Galates 3, 6 à 26 (extraits)

6Abraham a cru en Dieu, et pour cela, Dieu l’a considéré comme un homme juste. 7Comprenez bien une chose : la vraie famille d’Abraham, ce sont les croyants. 11Personne ne devient juste devant Dieu par la loi, c’est clair ! On lit aussi : « Celui qui croit en Dieu est juste, et ainsi, il aura la vie. »

23Avant que le temps de croire au Christ arrive, la loi nous gardait prisonniers. Il fallait attendre le moment où Dieu nous ferait connaître cette foi. 24La loi a été notre surveillant jusqu’à l’arrivée du Christ pour que nous soyons rendus justes par la foi. 25Maintenant, le temps de croire au Christ est arrivé. …

26Oui, en croyant au Christ Jésus, vous êtes tous fils (et filles) de Dieu. 27Tous, vous avez été baptisés dans le Christ et vous êtes devenus semblables à lui. 28Il n’y a donc plus de différence entre les Juifs et les non-Juifs, entre les esclaves et les personnes libres, entre les hommes et les femmes. En effet, vous êtes tous un dans le Christ Jésus. 29Et si vous appartenez au Christ, vous êtes donc la famille d’Abraham, vous êtes héritiers comme Dieu l’a promis.