Paroles de planètes

Sacrées piplettes, ces planètes qui parlottent et papotent dans les hautes sphères interstellaires !
Vous l’aurez compris, ce dialogue imaginaire que les enfants vous
ont présenté ce soir (*) est à l’image des humains : bavards, auto-suffisants, toujours prêts à se comparer pour voir qui est le plus brillant, se croyant le centre du monde, étonnés d’apprendre qu’il existe des êtres importants en dehors d’eux-mêmes..
Il faudra que la Lune s’en mêle pour les sortir ces planètes de leur vision étriquée et attirer leur attention sur l’existence de (je  cite)  :  » ce petit truc bleu »- à savoir la Terre et ses humains.

En fait, cette petite histoire souligne le contraste entre l’infiniment grand et le tout-petit, entre d’un côté l’immensité de l’univers et de l’autre l’humble naissance d’un petit d’homme à Bethléem qui va changer le destin du monde.
Accueillir ce contraste ,c’est accueillir l’Evangile de Noël qui -dans sa manière de venir dans le monde- renverse toutes les projections humaines faites à son sujet : en effet, on attendait le Messie comme le chef des armées ; on misait sur sa force et son pouvoir pour chasser les Romains et restaurer la Royauté d’Israël ; on l’attendait comme un événement spectaculaire et triomphant et tout-puissant. Or, c’est tout le contraire qui arrive : le roi du monde est un nouveau-né. On attendait sa venue dans la Capitale de Jérusalem mais il naît dans une bourgade..Bethléem. Une gamelle à bestiaux lui servira de berceau faute de place à l’hôtel. Enfin, ses premiers admirateurs arrivant au pas de course à la crèche sont des bergers -qui – à cette époque- là étaient méprisés, considérés comme des marginaux et traités comme des exclus.

Bref, ce roi pas comme les autres n’habite aucun palais et ne possède aucune armée. Personne ne lui déroulera le tapis rouge. L’Evangile de Noël se révèle dans l’obscurité à l’ombre des puissants de ce monde. Le Christ naît dans la précarité, il vient au monde sans triomphe et sans tapage- dans un monde qui ne l’attend pas. Franchement, vue du ciel, la naissance de Jésus ressemble à un grain de poussière ! Elle aurait pu passer carrément inaperçue. Mais le projet de Dieu pour l’Humanité est celui-là : révéler son Amour inconditionnel pour chacun de nous en choisissant la Fragilité. Ainsi,cette nuit là, dans un coin de Palestine, Dieu fait entrer dans le monde un Nouveau-né sur la pointe des pieds – car l’Amour ne peut pas s’imposer ni venir par la force. A nous de le recevoir et de l’accueillir dans nos vies en prenant conscience que le Dieu de Jésus-Christ nous aime à l’infini avec nos faiblesses et nos infidélités, avec nos manquements et nos refus, et qu’il veut notre bonheur non pas chacun pour soi mais les uns avec les autres.

Au fond, l’Evangile de Noël ne peut nous conduire qu’à la louange et à l’émerveillerment – à l’image du poète du Psaume 8 lorsqu’il s’écrie :  «Quand je regarde le ciel que tes mains ont fait, la lune et les étoiles que tu as fixées, je me demande : mon Dieu, qu’est-ce que l’être humain pour que pour que tu penses à  lui ? Pour que tu en aies souci ? »

Ne cherchons pas trop d’explications. Soyons plutôt capables de nous émerveiller de cela ! D’autre part, si chacun de nous est unique et précieux aux yeux de Dieu , alors essayons  de nous regarder autrement les uns les autres. Et surtout : soyons étonnés d’être là. Considérons qu’il n’y a rien de naturel à être vivant, qu’il n’est pas « normal » de vivre, mais qu’il est exceptionnel que nous soyons là aujourd’hui encore : vivants, debout, ensemble, reliés par le Christ.
Comme disait un poète dans sa prière : « Seigneur, mon Dieu, le monde ne mourra pas faute de merveilles, mais par manque d’émerveillement.

 

T. Es-Sbanti
Fête de Noël , « Paroles de planètes »
temple du Mas des abeilles, 20 décembre 2025

 

 

 

(*)  Saynette de Noël 2025   intitulée « Paroles de planètes »  jouée par les enfants